OFFICE DE LA CULTURE
SECTION D'ARCHÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE

Alle, Noir Bois

Époque romaine

Les premiers vestiges mis en évidence sur le site furent ceux d’une chaussée romaine, dégagée mécaniquement sur une longueur de 600 m. Les quelques tronçons fouillés ont permis d’établir non seulement son mode de construction, mais surtout d’étudier des zones de détériorations et d’entretien ainsi que, en un point déterminé, des recharges successives. Chose rarissime, le nombreux mobilier piégé dans les structures a permis une datation assez précise des différentes phases de travaux.


En savoir plus                                          En savoir plus
        sur les monnaies
                                             sur les voies romaines
        


 

Zoom

Zoom

La voie, large de 6,50 à 6,70 m, était bordée des deux côtés par des fossés servant à la fois à drainer les eaux de ruissellement et à délimiter l’emprise publique de la route. Le mode de construction de cette chaussée est habituellement identique au tronçon fouillé à Porrentruy, Sous Hermont: un hérisson de dalles calcaires posées de chant était surmonté d’une couche de gravier d’une dizaine de centimètres d’épaisseur. Mais un endroit particulier a montré une superposition de recharges de matériaux sur une hauteur maximale de 95 cm. Chacune ayant pu être datée, on a pu démontrer qu’elles ont été aménagées à des intervalles plus ou moins réguliers (env. tous les 10 à 20 ans), la première vers le milieu du 1er s., la dernière au début du 2e s. Ces niveaux sont strictement localisés dans un lieu où la voie empruntait une dépression naturelle d’une longueur de 75 m et leur pose a été nécessitée, comme l’étude géologique l’a démontré, par des problèmes de ruissellement d’eau voire par des crues occasionnelle de l’Allaine. Ces recharges ne constituent donc pas de simples rechapages d’entretien, contrairement à un poncif encore en vigueur, mais une réponse technique à un problème donné. Un chemin empierré qui longeait la cuvette est interprété comme " déviation " utilisée lorsque la route était inondée ou lors des travaux de réfection.

Zoom


Parmi les autres réparations observées, la plus spectaculaire est celle qui a été réalisée à cause de l’écroulement de la route suite à un effondrement de terrain causé par un soutirage karstique.

Zoom

Zoom


A signaler aussi, à titre de curiosité, des tas de cailloux triés selon leur calibre par les cantonniers de l’époque.

La chaussée fut créée vers le milieu du 1er s., sous le principat de Claude, à l’instigation de l’administration impériale. Cette voie d’un intérêt stratégique certain, sans doute bâtie par des militaires avec une participation financière du fisc, s’insère dans le programme d’activité routière de Claude, en corollaire de la conquête de la Bretagne et de l’important trafic sud-nord qui en découle. Elle reliait les régions rhénanes à l’Italie via le tunnel du Pierre-Pertuis à Tavannes et le Plateau suisse

Elle était bordée d’une station routière du service des postes, soit une mutatio (simple relais pour le changement des chevaux), soit une mansio (relais avec des infrastructures permettant aux fonctionnaires en déplacement de passer la nuit et de se restaurer). L’établissement est composé de quelques bâtiments en bois dispersés dans un enclos d’environ 70 m de côté. La fonction des constructions est difficile à interpréter mais on peut penser à des hangars, des remises, des logements pour le personnel – et, éventuellement, pour des soldats ou du personnel administratif en déplacement officiel s’il s’agit d’une mansio, ce que tend à prouver la quantité importante de céramique en rapport avec la boisson et le service de table, donc avec des activités de restauration. Une première station dont l’étendue est mal connue fut construite sous Auguste, ce qui implique l’existence d’une piste en terre battue déjà utilisé par le cursus publicus, mais la mansio telle qu’elle nous est connue fut bâtie sous Claude, en même temps que l’aménagement de la chaussée. Son abandon entre 70 et 80 ap. J.-C. est certainement lié à la conquête des Champs décumates et au report de la frontière quelque 300 km au nord-est, sur la rive droite du Rhin.


Un petit édifice a été localisé 120 m à l’est de la station, entre la voie et le fossé sud, donc dans l’emprise publique. Le mobilier permet de dater cet établissement entre 260 et au moins 335 ap. J.-C. Il s’agit peut-être d’un poste de la police des routes dont la présence peut signifier que la chaussée retrouve un intérêt stratégique au moment des invasions de la fin du 3e et du 4e s.

Une voie privée, attestée sur une longueur de 75 m, se greffe sur la route et se dirige vers l’établissement rural des Aiges en montant à flanc de colline. D’une largeur de 2 à 4 m, il a été aménagé avec des galets de rivière mais où le socle calcaire était apparent, celui-ci a été utilisé brut.

Zoom


Haut Moyen Age

Quatre tombes du Haut Moyen Age, datées de la fin du 6e s. et du 7e s., ont été implantées en bordure de la route. Elles donnent à penser que si celle-ci n’était sans doute plus utilisée, au vu d’un état de délabrement dûment constaté pendant la fouille, son tracé devait toujours se marquer dans le paysage, sans doute envahi par la végétation.

Jean-Daniel Demarez, 10/2002

Accueil  Texte

Retour au plan

Sélection des sites


Glossaire

Photos

Fiche technique

© Office de la culture
    Section d'archéologie et paléontologie
    Porrentruy, septembre 2006

Hôtel des Halles, 2900 Porrentruy
tél. 032 420 84 51, fax 032 420 84 99



Email: sap@jura.ch