OFFICE DE LA CULTURE
SECTION D'ARCHÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE

Alle, Pré Monsieur

Paléolithique moyen

Il y a 110'000 ans, à la charnière de la fin de la dernière période interglaciaire de l’Eémien (Riss- Würm) et du début du Glaciaire ancien (Weichsélien ou Würm), des groupes humains porteurs de traditions techniques regroupées sous le nom de Moustérien se sont installés au Pré Monsieur. En Europe, les restes humains associés à ce type de découvertes (lorsque l’on a la chance d’en retrouver) sont toujours ceux d’Homme de Neandertal. La vallée de l’Allaine, axe de passage privilégié pour les troupeaux d'herbivores, ne pouvait qu’attirer ces groupes de chasseurs. La présence de silex à l’état naturel a, quant à elle, incité les hommes à s’installer et à revenir à cet emplacement particulier.

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La quantité remarquable d’objets en pierre retrouvés sur le site, plus de 100'000 artefacts, montre clairement qu’il ne s’agit pas d’une occupation sporadique, mais au contraire qu’il s’agit d’un atelier d’exploitation de matière première avec une production intense d’éclats destinés à être utilisés et transformés ultérieurement, le plus souvent selon un procédé appelé Levallois. Il s’agit d’une méthode qui permet d’obtenir des éclats de morphologie standardisée. Toutefois si de nombreux déchets caractéristiques, aisément attribuables à ce procédé, ont pu être retrouvés, les éclats destinés à être utilisés ou transformés en outil sont en grande majorité absents. On peut comparer cela à la fouille d’une menuiserie où l’on ne retrouverait que les copeaux et quelques grumes alors que les planches seraient absentes. De la même manière sur cet atelier de taille, la matière première a été exploitée sur place, mais les éclats et les outils ont été utilisés plus tard et ailleurs, lors d’expéditions de chasse par exemple.

En plus du silex d’origine locale, les hommes présents au Pré Monsieur ont utilisé d’autres types de silex dont les gîtes d’origine ont été retrouvés le long de l’Arc jurassien et de la vallée du Doubs parfois jusqu’à plus de 100 km pour les plus éloignés. Ils ont également utilisé des roches dont l’origine est située au sud du massif vosgien.

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Le site du Pré Monsieur apparaît donc comme un gisement d’exploitation de silex situé à l’intérieur d’un territoire plus vaste, dont les multiples ressources, animales, végétales et minéralogiques étaient exploitées par l’Homme de Neandertal. En effet, ce dernier est trop souvent imaginé comme un nomade errant au hasard et survivant de manière aléatoire dans un milieu hostile alors que l’image qui se dessine aujourd’hui est celle d’un individu se déplaçant à l’intérieur d’un territoire en fonction de ses besoins et des connaissances qu’il a des ressources à disposition, avec une remarquable faculté d’adapter ses techniques en fonction des matières rencontrées.


Des générations de néandertaliens se sont ainsi succédé sur le site du Pré Monsieur sans qu’il soit malheureusement possible de déterminer le nombre d’individus présents à chaque passage ni la durée de chaque installation, ni même la fréquence de ces installations. La dernière occupation reconnue peut être datée aux alentours de 75'000 ans, lors de l’une des phases de réchauffement qui marque le début de la dernière glaciation: interstade d’Odderade.

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La Tène finale

Le site sera ensuite abandonné pendant plusieurs dizaines de milliers d’années avant de revoir une occupation humaine, datée de La Tène finale (1er s. av. J.-C.). Cette phase n’est attestée que par des fragments de vaisselle en céramique et des restes de repas (ossements de porc, de chèvre et de bœuf), ainsi que du charbon de bois et des calcaires brûlés qui attestent d’activités s’organisant autour d’un foyer.

Jean Detrey, 08/2002

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    Porrentruy, septembre 2006

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