OFFICE DE LA CULTURE
SECTION D'ARCHÉOLOGIE ET PALÉONTOLOGIE

Delémont, En La Pran

Les premières traces de fréquentation du site remontent au Mésolithique récent/final. Puis, les lieux sont visités brièvement au début du Néolithique. S'en suit un hiatus jusqu'au Bronze ancien, vers 1800 av. J.-C. A partir de cette époque, les installations se succèdent presque sans interruption. Des structures et des objets datés du Bronze moyen, du Bronze final, du Hallstatt, de La Tène, de l'époque romaine et du Haut Moyen Age sont découverts dans cette plaine alluviale.

Mésolithique récent/final

Les découvertes du Mésolithique consistent en plusieurs ateliers de taille du silex comprenant des nucléus, des déchets de taille et des outils qui ont permis de dater typologiquement ces ensembles. Le débitage très régulier de lames et lamelles de style Montbani atteste de la pratique d'une percussion indirecte. L'outillage se compose essentiellement de grattoirs, d'éclats, de lames et lamelles retouchées (dont des lamelles Montbani à encoches) et de pointes de flèches. Parmi ces dernières, les trapèzes, éléments d'armatures tranchants, sont caractéristiques du Mésolithique récent et final alors que les armatures perçantes, dites évoluées, pointes de Bavans et fléchettes triangulaires asymétriques, sont attribuables au Mésolithique final. Les matières débitées proviennent d'Alle, de Pleigne-Löwenburg, d'Olten et de gisements du Haut-Rhin. Des matières locales ont été testées sans grand succès, alors que des matières de provenance plus lointaine sont importées sous forme d'objets finis. Si une partie des vestiges sont remaniés dans le niveau protohistorique par les occupations postérieures, la majorité des silex mésolithiques se trouvent en position primaire comme permettent de l'attester la répartition spatiale et l'abondance des remontages.

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Néolithique

L'occupation néolithique sur le site est brève et localisée en un endroit seulement. Elle est matérialisée par des restes d'activités de taille du silex présents à la périphérie d'un foyer. Ce dernier consiste en une concentration de galets brûlés et éclatés au feu, mais les charbons ont été lessivés. Seuls les lithiques et la céramique de ce niveau nous sont parvenus. Aucun impact environnemental n'a pu être décelé pour cette période. Le débitage du silex, provenant d'Alle et de Pleigne-Löwenburg, est conduit de façon beaucoup moins régulière que durant le Mésolithique. De plus, une différence de traitement est perceptible en fonction de la matière. Celle d'Alle est intégralement débitée sur place à partir de nodules corticaux et toutes les phases de ce travail sont présentes. Elle a été utilisée pour produire des éclats, des lamelles et quelques lames irrégulières. La matière de Pleigne est destinée à la production de lames. Comme les nucléus correspondant ne figuraient pas sur le site et les produits corticaux sont rares, nous concluons à un débitage à partir de nucléus préformés, décortiqués et à une gestion de la matière qui a conduit les premiers néolithiques de Delémont à emporter les nucléus résiduels en silex de Pleigne avec eux.

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L'outillage se compose essentiellement d'armatures dont des pointes triangulaires à base concave et des pièces tranchantes (bitroncatures) d'environ 20 mm de largeur. Quelques outils, peu caractéristiques, du fond commun complètent le corpus. Un unique récipient céramique fragmenté était associé à ces vestiges. Il s'agit d'un pot à fond rond dont un mamelon est préservé. Typologiquement, l'ensemble se rattache à une période par ailleurs inédite pour le canton du Jura, au début du Néolithique ancien jurassien, soit dans la 1ère moitié du 5e millénaire av. J.-C. Pour la céramique, des affinités fortes sont à relever avec la région rhénane et particulièrement le Hinkelstein (env. 4800 av. J.-C.).


Bronze moyen


Durant cette période, la forêt est en léger recul mais les traces d'habitat sont encore très discrètes. Trois structures creuses en sont datées par C-14, deux d'entre elles sont des fosses de combustion, la troisième un trou de poteau. Hormis ces indices ténus de présence humaine, un important corpus de céramique a été découvert principalement dans les couches de remplissage de chenaux. Leur état de conservation est particulièrement bon.

Bronze final

Les vestiges les plus remarquables datent du Bronze final avec, d'une part un cimetière de 40 tombes à incinération, d'autre part de nombreux vestiges domestiques (mobilier et structures). La forêt a alors disparu des environs immédiats du site pour faire place à une végétation caractéristique des zones humides (en relation avec le ruisseau qui traverse le site) et à l'agriculture. De nombreuses variétés de céréales, des légumineuses ainsi que fruits issus de la cueillette ont été identifiés.
Plusieurs concentrations de céramiques et de terres cuites dessinent, par effet de paroi, des alignements parallèles ou des rectangles qui sont interprétés comme les négatifs de bâtiments construits sur sablières basses, en blockbau ou selon une technique qui n'a pas recours aux poteaux porteurs. Leurs dimensions sont de 5 à 8m de largeur pour une longueur de 17m au maximum. Les structures creuses et les foyers sont très rares, malgré l'ampleur considérable de l'occupation. Pour l'instant, la datation des différents ensembles n'est pas aboutie, mais il semble qu'une stricte contemporanéité entre les bâtiments et avec le cimetière ne soit pas avérée. Le mobilier se compose de céramiques, croissants d'argile et fusaïoles en terre cuite, meules et percuteurs en pierre. Les éléments de bronze sont peu nombreux en dehors du contexte funéraire.


Les tombes du cimetière ont été coffrées et fouillées en laboratoire. Elles consistent en petites fosses dans lesquelles sont enfouies l'urne en céramique qui a servi de réceptacle aux ossements calcinés ainsi qu'aux offrandes dédiées au défunt. En effet, de fines petites poteries et des objets de parure (perles, anneaux, épingles, bracelets, pendeloques) accompagnent fréquemment les restes humains déposés en terre. La céramique, et les urnes en particulier, ont subi d'importantes dégradations durant les trois millénaires qu'a duré leur enfouissement, une restauration délicate a été nécessaire pour redonner forme aux objets.

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En bordure d'un chenal en voie de comblement, deux grandes fosses rubéfiées à pierres chauffées sont disposées en enfilade. Elles mesurent approximativement 250 x 90cm. Radiocarbone et paléomagnétisme permettent de les dater entre le Bronze final et le début du Hallstatt. Les parois verticales ainsi que le fond sont abondamment rubéfiés. A la base du remplissage se trouvent des charbons de grande taille et des petites esquilles d'os brûlées. Ils sont surmontés d'un lit de calcaires que le passage au feu a rendu gris et pulvérulents. Leur quantité diffère d'une structure à l'autre puisqu'on en compte près de 40kg dans une et plus de 190kg dans l'autre. Quelques petits tessons de céramique sont contenus dans la partie supérieure du remplissage. Des traces d'aménagement en argile et de lissage des parois ont été observées localement. Un réemploi a pu être mis en évidence dans la mieux préservée de ces structures. La fonction de ces structures, dont des exemplaires proches ont été découverts en abondance sur le Plateau Suisse et en France voisine pour les mêmes périodes, ne peut que difficilement être posée avec certitude. L'hypothèse de grands fours pour la cuisson à l'étouffée est le plus souvent retenue.


Hallstatt


L'occupation se poursuit durant le Premier Age du Fer. Des bâtiments, du mobilier et des structures de combustion ont été découverts sur deux zones du site, distantes d'environ 300m et distinctes des concentrations phares de l'âge du Bronze. Des bâtiments sans poteaux porteurs (dessinés par des concentrations de céramique) sont associés à de plus petites constructions matérialisées par des trous de poteaux. Les foyers, rares au Bronze, sont ici nettement plus nombreux et de types variés: foyers à plat avec ou sans lithiques, foyers en fosse, grandes aires de combustion avec aménagement d'une sole d'argile, brasero. La céramique provient des zones d'habitat ainsi que de couches datées de comblement du chenal. Plusieurs fusaïoles et des bracelets en schiste bitumeux y sont associés. Sur l'emplacement d'un bâtiment incendié ont été retrouvés toute une série de pesons de métier à tisser en argile de module similaire et marqués d'un symbole de croix sur le dessus.


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La Tène

Cette période est représentée par un bâtiment dont le plan, incomplet, est dessiné par des trous de poteau et deux sablières basses. Quelques trous de poteau épars et de longs fossés complètent l'unité agricole présente ici. A l'intérieur du bâtiment principal se trouvaient deux foyers (dont un sur chape d'argile), une meule rotative en brèche de Schweigmatt et de la céramique dont une forte proportion des tessons est surcuite. Un incendie a certainement ravagé cette habitation. La présence de fragments de bracelets en verre bleu permet de dater cet ensemble de La Tène C2. De plus, la roche utilisée pour la meule est importée de Forêt Noire à partir du 2e siècle av. J.-C.

De l'époque gallo-romaine au Moyen-Âge

Par la suite, la plaine a continué d'être exploitée, mais il n'y a plus de traces d'habitat. On y observe des parcellaires, des fosses, des foyers et du mobilier épars.

Laurence Frei Paroz, 09/2011

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    Porrentruy, septembre 2011

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